Monday, September 9, 2019

L'histoire qui ne s'écrira pas


Robert Mugabe vient de s'éteindre, L'ex-président du Zimbabwe s'est éteint dans un hôpital de Singapour à l'âge de 95 ans. L'Agence France-Presse écrit: »L'ancien président zimbabwéen Robert Mugabe, héros de l'indépendance qui a dirigé d'une main de fer son pays de 1980 à 2017, est décédé à 95 ans, suscitant une vague d'hommages à un « champion » de la lutte contre le colonialisme.» (L'ancien président du Zimbabwe Robert Mugabe est mort à 95 ans, Le Devoir, 6 septembre). L'heure est à la brosse à reluire chez les leaders africains: « Un « leader exceptionnel» et un « combattant de la libération champion de la cause de l'Afrique contre le colonialisme » a réagi le président sud-africain Cyril Ramaphosa [...] (L'ancien président du Zimbabwe Robert Mugabe est mort à 95 ans, Le Devoir, 6 septembre).




Robert Mugabe a sa « place[...] dans les annales de l'histoire africaine «  pour son combat pour la libération de l'Afrique et pour sa défense courageuse du continent », a estimé, dans la même veine le président zambien, Edgar Lungu ». Ces éloges sont-elles sincères,  ces dirigeants ne sont-ils pas en train d'écrire le brouillon  de ce qu'ils souhaitent eux-mêmes recevoir comme éloge funèbre, le débat est ouvert? L'AFP, heureusement ne cède pas à ces débordements de flatteries inconsidérées, le communiqué de l'agence note: « Au Zimbabwe, embourbé dans une crise économique depuis des décennies, héritage de Robert Mugabe, la population continuait vendredi à vaquer à ses occupations comme si de rien n'était.» Crise économique attribuable dans une large mesure au défunt lui-même: »Robert Mugabe avait lancé, au début des années 2000, une réforme agraire controversée, officiellement destinée à redistribuer à la majorité noire les terres agricoles principalement aux mains des Blancs.» Le décès de Robert Mugabe  devrait être l'occasion d'une réflexion sur l'histoire de l'Afrique et des jeunes États africains, tant l'histoire du Zimbabwe apparaît emblématique de celle de plusieurs autres États africains.La mémoire de Robert Mugabe pourra rejoindre l' »Olympe » des « pères de L'Indépendance et champions de la lutte contre le colonialisme».  Mugabe pourra ainsi prendre place aux côtés d'autres autocrates comme lui tels les Jomo Kenyatta, Julius Nyerere, Joseph-Désiré Mobutu , Idi Amin Dada.  Réunis par une commune volonté de s'accrocher au pouvoir, une notoire inaptitude à maintenir le niveau de vie de leurs concitoyens ou à les enrichir, un enrichissement qu'il semble considérer comme leur revenant en propre (voir Mobutu et peut-être dans quelques mois Mugabe lui-même, le bilan de son règne demeure à faire), la gabegie, le clientélisme, le tribalisme ainsi qu'une propension aux coups d'États et aux partis uniques. L'actuel président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa a salué ainsi Le décès de Robert Mugabe: »C'est avec la plus grande tristesse que j'annonce le décès du père fondateur du Zimbabwe et de l'ancien président , le commandant Robert Mugabe». Intéressante cette réécriture de l'histoire, Robert Mugabe n'a pas fondé le Zimbabwe, un Zimbabwe qui politiquement n'existait pas avant l'arrivée des Britanniques. Mugabe s'est contenté de rebaptiser la Rhodésie. Les Cecil Rhodes et Ian Smith sont probablement n'en déplaise à Mnangagwa plus dignes de porter le titre de pères fondateurs du Zimbabwe. En cela Mugabe n'a fait que suivre les traces de Kwame Nkrumah transformant la colonie britannique de la Côte d'Or, (Gold Coast) en Ghana, même démarche chez un Mobutu, rebaptisant le Congo Kinshasa en Zaïre. Au-delà des éloges funèbres volontiers laudatrices, le décès de Robert Mugabe devrait surtout nous permettre de nous rappeler que les Mugabe de ce continent ont en commun, (tout « père fondateur » qu'il fut Robert Mugabe a été renversé par un coup d'État mené à l'initiative d'Emmerson Mnangagwa en 2017) et la violence intérieure ( qui a songé à rappeler la guerre civile de 1982-1983 alors que Mugabe qui appartient  à l'ethnie shona lance l'armée  zimbabwéenne, en partie encadrée par des instructeurs Nord-Coréens contre l'ethnie Ndébélé dans le Matabeleland, guerre ethnico-civile causant entre 10 000 et 20 000 morts. Cette histoire là ne sera pas écrite, les Occidentaux de gauche préfèrent celle d'un Nelson Mandela javélisé et  idéalisé. Histoire qui ne sera pas non plus écrite, celle des occasions manquées par l'occident sur le continent africain, qu'ils suffisent de mentionner les noms de Moïse Tshombé au Katanga pendant la crise entourant l'indépendance du Congo, du général Ojukwu pendant la brève existence du Biafra et celui de Leader de l'UNITA angolais, Jonas Savimbi ,  luttant contre les marxistes du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) et leurs alliés Cubains,dernier de ces « trahis » par l'Occident, Mangosuthu Buthelezi, dirigeant de l'Inkhata à dominante zouloue, larguée par les Tatcher et Mulroney au profit de Nelson Mandela. René Dumont écrivait en 1962 que «L'Afrique noire était mal partie », nous serions tenté d'écrire qu'elle n'est pas prête d'arriver.

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