«Mais si la pensée corrompt le langage, le langage peut aussi corrompre la pensée»(George Orwell, extrait de 1984). Vous voulez vraiment transformer la société: un conseil, attaquez vous au langage. En vous attaquant au sens des mots, vous vous attaquer aussi à l’une des structures même de la société. Jouer avec le sens des mots est l’une des façons les plus efficaces de pervertir l’ordre social.
J’écrivais, il y a quelques jours, sur ce blogue un texte dénonçant l’utilisation de terme «crime d’honneur»pour décrire ce qui était fondamentalement une tentative de meurtre. J’y dénonçais aussi l’irruption dans notre société d’une idée moyenâgeuse qui n’a pas sa place chez nous (voir ce blogue, Un crime s’tun crime, point à la ligne, 25 avril).C’est l’actualité qui encore une fois, nous offre une nouvelle illustration de cette tentative de jouer avec le sens des mots. Encore une fois, un fait divers.
«Le collectif militant «Robin des ruelles» a revendiqué plusieurs vols à’étalage organisés jeudi soir à Montréal et dans la Capitale Nationale, ces derniers affirmaient avoir commis des «vols politiques» en l’honneur du 1er mai, Journée internationale des travailleuses et des travailleurs. Nous décrivant notamment quelles membres ‘un groupe déguisés en coureurs s’identifiant comme les «runners des ruelles» auraient «dévalisé» un Maxi sur la rue Beaubien […] »Ce 1er mai, qu’es-ce qu’on peut célébrer? On est de plus en plus nombreux à en arracher, on se retrouve à travailler toujours plus sans arriver à se loger et à se nourrir sans stresser à la fin du mois» affirme Frédéric Laflèche. «Pourquoi? La même raison toujours l’exploitation de notre travail parce que les grands propriétaire s’enrichissent sur notre dos par le vol de nos moyens de subsistance et l’exploitation de notre travail.»(Le collectif anticapitaliste «Robin des ruelles» revendique des vols à l‘étalage «politiques» pour le 1er mai», Journal de Montréal, 1er mai). De quoi s’agit-il précisément: «La boulangerie montréalaise Manie Clafoutis de la rue Saint-Denis à Montréal a tété la cible d’un vol collectif revendiqué par un groupe anonyme dénoncant son système de paiement automatisé. Un groupe d’une dizaine de personnes, visages dissimulés, derrière casquettes, lunettes cache-cols a fait irruption dans un établissement Mamie Clafoutis peu après l’ouverture, repartant les bras chargés de viennoiseries sans payer. L’action a été revendiquée par un collectif anticapitaliste qui dit avoir délibérément ciblé cette enseigne en raison de son système de magasins «automatisés». À l’occasion 1er mai, journée internationale des travailleurs et travailleuses. Ils dénoncent ce système Scan and Go et d’auto-paiement proposé par l’entreprise en partenariat avec l’entreprise technologique Leav. […] Le propriétaire de l’établissement, Nicholas Deloumel peine reconnaître sa boulangerie dans le portrait que dressent les militants. «On est une petite PME, on fait travailler du monde, on utilise des produits québécois, on n’est pas Amazon», dit-il. Il y aurait une forte contradiction dans le geste posé et les revendications scandées.[…] »(Un groupe militant cambriole la boulangerie Mamie Clafoutis, Journal de Montréal, 1er mai)
Je ne puis faire mention de ces «vols politiques», sans m’empêcher penser au «crime d’honneur» cité plus haut.Il s’agit de nous imposer une novlangue qui se substituerait à la langue à laquelle nous sommes habitués, novlangue devant probablement précéder une novsociété banalisant aujourd’hui le vol à l’étalage et demain peut-être les cambriolages et les invasions de domicile. cette novlangue n’est dans les faits qu’un marxisme mal digéré. Parler de «vols politiques», le jour de Fête internationale des travailleuses et des travailleurs, c’est insulter des centaines de milliers d’honnêtes travailleurs québécois qui se font un devoir, sinon un honneur, de payer ce qu’ils achètent et pour qui un «vol politique » ne saurait être autre chose qu’un vol point à la ligne, un vol à l’étalage que le commerçant finira par nous faire payer afin de pallier à l’augmentation de ses coûts d’assurance.
«Vol politique», le crime, sans jeu de mots est signé, cette idée de «vol politique» a reçu un accueil favorable sur le site anarchiste Montréal contre information (nouvelles et analyses anarchistes et antiautoritaires) (voir, sur ce site, Nous avons pris aujourd’hui notre pain de ce jour: Refusons le ¨Pain-option de Mamie Clafoutis, 2 mai). Après ces «vols politiques», les responsables de ces «vols politiques» s’ils sont arrêtés un jour, ce dont je doute, réclameront-ils d’être traités en « prisonniers politiques », la boucle serait ainsi bouclée.
J’écris plus haut que je doute que ces Robins des ruelles soient jamais arrêtés. Le Réseau de l’information (RDI) en mission afin de banaliser ces « vols politiques », se demande en effet si nous sommes devant une manifestation ou un crime. Réseau de l’information: 5 mai, 11h46, à l’émission d’Isabelle Richer sur les ondes de RDI, cette dernière recevait André Gélinas, policier à la retraite du SPVM et lui demandait si cette «action anticapitaliste» était «une manifestation ou un crime». La novlangue est à l’oeuvre: de «vol politique», nous passons à «manifestation», à la trappe l’idée même de crime. Je ne sais pourquoi, il me vient une envie folle de manifester dans une librairie ou, mieux, chez un concessionnaire automobile (J’ai à l’idée, une manifestation chez le concessionnaire Land Rover de mon quartier).







