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Monday, December 13, 2021

Quelle Afrique du Sud?

 



«(Le Cap) L'Afrique du Sud a rendu dimanche  un hommage officiel à son dernier président blanc mort le mois dernier à 85 ans, Frederick de Klerk, libérateur del'icône NelsonMandela aux yeux de monde mais homme politique indissociable des crimes de l'apartheid dans son pays» (L'Afrique du Sud rend hommage à l'ex-président Frederik de Klerk La Presse,12 décembre)
 

 
 
«Le président Cyril Ramphosa et la veuve de Frederik de Klerk, Elita Georgiadis, se sont installés côte à côte, juste avant que ne retentisse l'Hymne national joué par l'orchestre philhamornique du Cap.[...] «un acte de bravoure» a déclaré M. Ramaphosa dans son éloge funèbre, se raclant la gorge avant de prononcer  quelques mots en afrikaans , la langue des descendants premiers colons dérivée du néerlandais. Pur produit du Parti national qui a mis en place le système d'apartheid à partir de 1948, Frederik de Klerk a senti la nécessité du changement : il annonce la fin du régime de domination blanche. Les premières élections démocratiques ont lieu en 1994, Nelson Mandela est élu premier président noir sud-africain. [...]Avant le début de la cérémonie, un petit groupe de manifestants bardés de pancartes «Justice niée», «Justice pour les victimes de l'apartheid», été rapidement évacué par la police.» Au-delà de cette cérémonie officielle, il y a lieu de se demander, quelle République d'Afrique du sud (RSA) rend hommage à Frederick de Klerk, la RSA de la criminalité, de la violence, de la corruption endémique, de la discrimination positive, de la redistribution des terres des fermiers blancs souvent assassinés lors de ces «redistributions», etc. Cette Afrique du sud peut rendre hommage à deux mains à Frederik de Klerk, cette Afrique du Sud n'est pas celle qui l'a vu naître et qu'il avait le devoir de défendre et de maintenir.

Monday, September 9, 2019

L'histoire qui ne s'écrira pas


Robert Mugabe vient de s'éteindre, L'ex-président du Zimbabwe s'est éteint dans un hôpital de Singapour à l'âge de 95 ans. L'Agence France-Presse écrit: »L'ancien président zimbabwéen Robert Mugabe, héros de l'indépendance qui a dirigé d'une main de fer son pays de 1980 à 2017, est décédé à 95 ans, suscitant une vague d'hommages à un « champion » de la lutte contre le colonialisme.» (L'ancien président du Zimbabwe Robert Mugabe est mort à 95 ans, Le Devoir, 6 septembre). L'heure est à la brosse à reluire chez les leaders africains: « Un « leader exceptionnel» et un « combattant de la libération champion de la cause de l'Afrique contre le colonialisme » a réagi le président sud-africain Cyril Ramaphosa [...] (L'ancien président du Zimbabwe Robert Mugabe est mort à 95 ans, Le Devoir, 6 septembre).




Robert Mugabe a sa « place[...] dans les annales de l'histoire africaine «  pour son combat pour la libération de l'Afrique et pour sa défense courageuse du continent », a estimé, dans la même veine le président zambien, Edgar Lungu ». Ces éloges sont-elles sincères,  ces dirigeants ne sont-ils pas en train d'écrire le brouillon  de ce qu'ils souhaitent eux-mêmes recevoir comme éloge funèbre, le débat est ouvert? L'AFP, heureusement ne cède pas à ces débordements de flatteries inconsidérées, le communiqué de l'agence note: « Au Zimbabwe, embourbé dans une crise économique depuis des décennies, héritage de Robert Mugabe, la population continuait vendredi à vaquer à ses occupations comme si de rien n'était.» Crise économique attribuable dans une large mesure au défunt lui-même: »Robert Mugabe avait lancé, au début des années 2000, une réforme agraire controversée, officiellement destinée à redistribuer à la majorité noire les terres agricoles principalement aux mains des Blancs.» Le décès de Robert Mugabe  devrait être l'occasion d'une réflexion sur l'histoire de l'Afrique et des jeunes États africains, tant l'histoire du Zimbabwe apparaît emblématique de celle de plusieurs autres États africains.La mémoire de Robert Mugabe pourra rejoindre l' »Olympe » des « pères de L'Indépendance et champions de la lutte contre le colonialisme».  Mugabe pourra ainsi prendre place aux côtés d'autres autocrates comme lui tels les Jomo Kenyatta, Julius Nyerere, Joseph-Désiré Mobutu , Idi Amin Dada.  Réunis par une commune volonté de s'accrocher au pouvoir, une notoire inaptitude à maintenir le niveau de vie de leurs concitoyens ou à les enrichir, un enrichissement qu'il semble considérer comme leur revenant en propre (voir Mobutu et peut-être dans quelques mois Mugabe lui-même, le bilan de son règne demeure à faire), la gabegie, le clientélisme, le tribalisme ainsi qu'une propension aux coups d'États et aux partis uniques. L'actuel président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa a salué ainsi Le décès de Robert Mugabe: »C'est avec la plus grande tristesse que j'annonce le décès du père fondateur du Zimbabwe et de l'ancien président , le commandant Robert Mugabe». Intéressante cette réécriture de l'histoire, Robert Mugabe n'a pas fondé le Zimbabwe, un Zimbabwe qui politiquement n'existait pas avant l'arrivée des Britanniques. Mugabe s'est contenté de rebaptiser la Rhodésie. Les Cecil Rhodes et Ian Smith sont probablement n'en déplaise à Mnangagwa plus dignes de porter le titre de pères fondateurs du Zimbabwe. En cela Mugabe n'a fait que suivre les traces de Kwame Nkrumah transformant la colonie britannique de la Côte d'Or, (Gold Coast) en Ghana, même démarche chez un Mobutu, rebaptisant le Congo Kinshasa en Zaïre. Au-delà des éloges funèbres volontiers laudatrices, le décès de Robert Mugabe devrait surtout nous permettre de nous rappeler que les Mugabe de ce continent ont en commun, (tout « père fondateur » qu'il fut Robert Mugabe a été renversé par un coup d'État mené à l'initiative d'Emmerson Mnangagwa en 2017) et la violence intérieure ( qui a songé à rappeler la guerre civile de 1982-1983 alors que Mugabe qui appartient  à l'ethnie shona lance l'armée  zimbabwéenne, en partie encadrée par des instructeurs Nord-Coréens contre l'ethnie Ndébélé dans le Matabeleland, guerre ethnico-civile causant entre 10 000 et 20 000 morts. Cette histoire là ne sera pas écrite, les Occidentaux de gauche préfèrent celle d'un Nelson Mandela javélisé et  idéalisé. Histoire qui ne sera pas non plus écrite, celle des occasions manquées par l'occident sur le continent africain, qu'ils suffisent de mentionner les noms de Moïse Tshombé au Katanga pendant la crise entourant l'indépendance du Congo, du général Ojukwu pendant la brève existence du Biafra et celui de Leader de l'UNITA angolais, Jonas Savimbi ,  luttant contre les marxistes du Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) et leurs alliés Cubains,dernier de ces « trahis » par l'Occident, Mangosuthu Buthelezi, dirigeant de l'Inkhata à dominante zouloue, larguée par les Tatcher et Mulroney au profit de Nelson Mandela. René Dumont écrivait en 1962 que «L'Afrique noire était mal partie », nous serions tenté d'écrire qu'elle n'est pas prête d'arriver.

Thursday, July 18, 2019

La caricature


Les salles de rédaction montréalaises  se sont intéressées quelques minutes au décès de Johnny Clegg (le musicien sud-africain Johnny Clegg s'est éteint, La Presse,16 juillet, Le musicien sud-africainJohnny Clegg est décédé, Le Devoir, 17 juillet, personne n'est mort à la tâche dans les salles de rédaction, les deux quotidiens travaillant à partir d'un communiqué de l'Agence France-Presse (AFP). Plus vaillant que ses confrères , le chroniqueurs, Claude Villeneuve, se fend pour sa part d'un article qui convaincrait, les plus septiques de demander au Vatican l'ouverture du processus de canonisation du musicien: « Johnny Clegg est considéré comme l'un de ceux qui auront fait le plus pour mettre fin à l'apartheid, qui n'a toutefois pas mis fin à l'inégalité de destin entre les Noirs et les Blancs en Afrique du Sud. Contre celle-ci, Clegg n'a jamais cessé de lutter.» (Le Zoulou blanc, Journal de Montréal, 18 juillet).  Claude Villeneuve se rend-il compte qu'il frôle le crime de lèse-Mandela avec ses propos. Musicien sud-africain opposé à l'apartheid (est-ce qu'un musicien sud-africain qui n'aurait pas été anti-apartheid susciterait l'intérêt des journalistes montréalais, poser la question...). Le chanteur était connu notamment chez nous pour des passages au festival international de jazz de Montréal en 1988 et, la même année au Festival d'été de Québec. Connu sous le surnom de « Zoulou blanc » pour sa tentative de fusion de la musique traditionnelle zouloue et de la musique pop occidentale. Johnny Clegg s'était aussi fait connaître pour l'intégration de quelques pas de danse zouloue à ses spectacles. Youtube a conservé des traces de ces efforts, n'étant pas chorégraphe, la seule chose que je puisse dire est que le « Zoulou blanc » ne craignait pas le ridicule. Pour demeurer dans une thématique sud-africaine lors de cette éventuelle visite à Youtube et tant qu'a être sur Youtube. Je vous invite à visionner De la Rey Song interprétée par Bok van Blerk.


Le comportement de traître de Clegg sans être excusable peut se comprendre. Clegg n'était pas Afrikaner et était profondément acculturé. Né en 1953 au Royaume Uni d'un père britannique et d'une mère zimbabwéenne, chanteuse de cabaret[...]. Admirons le travail bâclé de l'AFP, la biographie de Clegg sur Wikipedia indique que sa mère est née sur le territoire de l'ancienne Rhodésie du Sud dans une famille de paysans juifs lituaniens et polonais. Son père, Denis Clegg, est bien britannique. Clegg n'avait donc rien d'africain, (pas plus qu'un veau qui naît dans une écurie, ne devient pur-sang pour autant). C'est son  beau-père issu d'une vieille famille afrikaner qui l'initie aux cultures locales, Johnny Clegg assure que son refus de l'apartheid n'a rien de politique. « je n'étais pas motivé politiquement, mais culturellement. J'aime la musique et la danse » explique-t-il.» (conclusion: ne jamais laisser le sort d'un pays entre les mains d'un saltimbanque). Johnny Clegg, plus chanceux que bien des fermiers sud-africains blancs s'est éteint paisiblement entouré des siens. 
On le voit, Clegg avant de devenir le « Zoulou blanc » était déjà largement étranger à son pays. Contrairement à ceux qui s'extasient sur la carrière rassembleuse de Clegg, nous devons conclure que le musicien ne fut finalement qu'une caricature, caricature de Zoulou et caricature de Blanc.

Sunday, May 12, 2019

C'est ainsi que s'écrit l'histoire


Le Devoir se penche sur l'Afrique du Sud (Les défis de l'Afrique du Sud, Le Devoir, 10 mai), la journaliste Sylvie St-Jacques, nous sert tous les poncifs BCBG sur l'Afrique du Sud post-apartheid.  Elle procède chronologiquement et ouvre donc le ban avec un rappel des élections de 1994: »En 1994, les Sud-Africains ont formé des files d'attente s'étirant sur plusieurs kilomètres devant les bureaux de scrutin des premières démocratiques du pays. Lors de ce jour historique associé au miracle politique sud-africain, ils ont élu à 62, 6% Nelson Mandela .» Les lendemains ont déchanté et la journalistes ne peut s'empêcher de noter que «(Aujourd'hui) le pays de Nelson Mandela vit certes avec d'abyssales disparités sociales et raciales, un taux de chômage de 25%, une croissance stagnante et une jeunesse désillusionnée . Mais c'est aussi un pays qui jouit d'une forte société civile , un pays doté d'une constitutions des plus avant-gardistes et riche d'une vie culturelle en ébullition.»Saisissant l'archet de son violon, elle écrit: «En 40 ans de journalisme, l'investiture de Nelson Mandela demeure le plus grand jour de ma carrière « , affirme la journaliste québécoise Lucie Pagé, qui évoque le souvenir d'avoir assisté au discours inaugural dans la section VIP de l'Union Building :»Ce jour là, nous n'étions ni de droite, ni de gauche , ni des capitalistes, mais plutôt tous des êtres humains.» C'est au prix d'une bonne dose de naïveté ou de mauvaise foi qu'il fallait oublier en cette journée certes historique, le passé de violences que traînait l'African National Congress (ANC )de Mandela,  pas simplement contre le gouvernement et les forces policières sud-africaines ce qui peut se comprendre dans le cadre d'une lutte pour le pouvoir, mais une violence entre Noirs, les agressions répétées contre les Zoulous et la lutte entre l'ANC et l'Inkhata de Mangoshutu Buthelezi (la  BLacks on Blacks violence de l'époque).  Madame St-Jacques ne pipe mot de Winnie Mandela et des exactions du Mandela United Football Club. Toujours au violon, elle cite encore Lucie Pagé au sujet de cette journée historique: »C'était extraordinaire d'être là pour voir celui qui avait passé sa vie en prison tendre la main au chef du parti qui avait détruit sa vie l'inviter à bâtir ensemble un pays, dans un contexte sans violence. La nation arc-en-ciel qu'est aujourd'hui l'Afrique du Sud , on la doit à Nelson Mandela. » L'histoire est écrite, Le Messie est descendu une seconde fois sur Terre, seul hic, il est reparti prématurément.
 
 
 
On appréciera , la discrétion de Madame St-Jacques sur les motifs ayant amené Nelson Mandela (a) passé sa vie en prison, il a tout de même trouvé le temps avant son incarcération de faire ses études de droit et de devenir avocat dans la très raciste Afrique du Sud. Madiba ne s'était pas rendu coupable d'un vol à l'étalage du vol ou du vol d'une voiture. Pas un mot sur le procès de Rivonia (les inculpés sont accusés d'avoir préparés une révolution violente et d'avoir à cette fin envisagé la préparation d'engins explosifs en vue de tenter de réaliser un coup d'État qui aurait conduit à l'instauration d'un régime communiste en Afrique du Sud, nous sommes alors en pleine Guerre froide et l'Afrique du Sud jouait un rôle géopolitique important pour l'Occident et comme fournisseur de métaux précieux). Les activités terroristes de Mandela se sont déroulées dans le cadre des activité du Omkhonto we Sizwe (le fer de lance de la nation) la branche militaire del'ANC, mutisme de Madame St-Jacques sur cette question, pour elle, il semble normal qu'un parti politique dispose d'une branche militaire, c'est le cas des partis révolutionnaires, pas celui des partis démocratiques; parti révolutionnaire, c'était bien ce qu'était alors l'ANC, vocation confirmée par les liens étroits unissant l'ANC et le Parti communiste sud-africain de Joe Slovo. Apprécions aussi le mutisme de Sylvie St-Jacques sur la violence des Sud-Africains à l'égard des travailleurs immigrés zimbabwéens et mozambiquais. Mutisme aussi sur la violence endémique qui règne en Afrique du Sud, rappelons les propos de Lucie Pagé qui déclarait »: la nation arc-en-ciel qu'est aujourd'hui l'Afrique du Sud, on la doit à Nelson Mandela . » Une Afrique du Sud qui est de moins en moins arc-en-ciel à mesure que passe le temps , silence radio sur le « Tue le boer « le chant repris par la Ligue de la Jeunesse de l'ANC et la propagande que fait cette dernière pour une réforme agraire inspirée par celle de Robert Mugabe au Zimbabwe, avec expropriation sans compensation des fermiers blancs et fort probablement exode de ces derniers au risque d'affamer le pays. 
 
 
 
Un article ne fait pas l'histoire d'un pays, mais celui-ci regroupe tout les éléments qui deviendrons le vulgate de l'histoire de l'Afrique du Sud en Occident, innocence de Mandela et incarcération arbitraire de ce dernier, transition harmonieuse grâce à ce dernier, «nation arc-en ciel»voulue par Mandela, trahi par ses successeurs Mbeki et Zuma, plombé par le Poids économique des derniers Blancs .