Thursday, November 15, 2018

Sur l'armée européenne du président Macron


La proposition du président Macron d'instaurer une armée européenne ne demeurera peut-être dans les mémoires que comme le prétexte d'un tweet rageur du président américain. Donald Trump s'en prenait à une idée injuste et, revenant à une de ses vieilles idées, sommait plutôt les États européens d'augmenter leurs contributions financières à l'OTAN. Question peu susceptible d'effleurer l'esprit nationaliste président américain, pourquoi les Européens devraient-il payer pour les troupes d'occupation américaines. L'Europe a largement payé sa contribution à l'OTAN en demeurant pendant plus d'un demi-siècle, le tampon entre l'Union soviétique et les États-Unis.  Dans ce conflit qui n'a pas eu lieu heureusement, ce sont les plaines ouest-allemandes, françaises et belges  qui auraient été ravagées par les artilleries et les blindés des deux protagonistes.  les combats se seraient déroulés en sol européen et les chances qu'ils se déplacent en sol américain minimes. les Européens en vivant pendant ce -demi-siècles sous la menace soviétique ont largement payé leur dû à l'Otan.  on peut penser que s'affrontant en terre européenne et non sur le sol national les deux protagonistes n'auraient pas hésité à avoir recours à des armes nucléaires tactiques, envisageant sans trop de scrupules, la nucléarisation de villes européennes, Bruxelles permettant d'épargner Minsk et  Cologne payant pour Kiev,  la lutte se déroulant en sol européen, nous n'avons pas à parler des villes américaines. Scénario de science-fiction, mais parfaitement envisageable dans le contexte de la Guerre froide.



Idée apparemment généreuse dans les jours précédant la commémoration du centième anniversaire de l'armistice et de la fin de la Grande Guerre, idée visiblement dans la ligne des velléités multilatéralistes du président français.  L'idée sera-t-elle oubliée par le président Macron, sera-t-elle développée, de toute façon le président français a eu son cinq minutes d'attention médiatique et il faudra voir s'il reviendra sur cette idée? Après sa déclaration sur notre époque qui voyait se lever des menaces qui lui rappelaient les « années 1930 » et celle sur le Maréchal Pétain et l'Armistice, peut-être le président Macron apprendra-t-il à se taire? S'il revient sur l'idée, le président Macron devra plancher sur l'Europe à laquelle il fait référence, la Grande Europe qui a suivi la Drang nach Osten de la fin des années 1990, avec l'entrée de la Pologne et de la Hongrie dans l'OTAN et de la Roumanie et des républiques baltes en 2004. Se contentera-t-il d'une armée européenne limitée à la « petite Europe » des projet de communauté européenne de défense C.E.D.,  du début des années 1950 (France, Allemagne, Italie, Belgique Pays-bas, Luxembourg)?
La constitution d'une armée européenne entrainerait-elle le départ des pays européens (lesquels) de l'OTAN et à terme sa dissolution, es dirigeants est-européens s'inquiètent de la montée en puissance de la Russie et se montrent volontiers plus pro-américains que les Européens de l'ouest? On voit mal l'intérêt de garder l'OTAN vivante avec les seuls États-Unis et Canada, déjà liés par le NORAD pour la défense du continent américain, les Américains n'ayant pas besoin de nous pour se défendre, contre qui?

Mal formulée la proposition macronienne parle de défense de l'Europe contre « La Chine, la Russie et les État-Unis »,  Aucun des trois « méchants » de la proposition du président français ne peut être sérieusement considérée comme une menace militaire pour l'Europe. La Chine est à des milliers de kilomètres de l'Europe, n'a pas de frontières communes avec le continent européen à moins de considérer que les troupes de l'Empire du Milieu n'envahissent le territoire russe pour atteindre l'Europe, le conflit qui résulterait d'une telle invasion nous plongerait dans un troisième conflit mondial nous menant à nous interroger sur le rôle d'une armée européenne. Si la Chine représente une menace pour l'Europe, c'est une menace économique et ce n'est pas l'armée européenne qui protégera l'Europe. La menace russe est probablement illusoire elle aussi et n'est que le recyclage facile de la menace soviétique de la Guerre froide, une menace qu'un camp belliciste, nostalgique de la Guerre froide entretient volontiers, il n'est pas évident de sortir des vieux plis de la géopolitique et de la réflexion stratégique même pour un président jupitérien comme Emmanuel Macron. Pour la menace américaine, la question géographique se pose elle aussi, s'il y a guerre , elle est économique comme avec la Chine,  s'il y a guerre, elle est déjà engagée et mal engagée, sinon perdue, pour l'Europe; il s'agit d'une guerre culturelle qui se dispute sur les ondes européennes et dans les bacs des disquaires, dans les salles de cinémas et de spectacles, sur Youtube et Netflix. Pourquoi chercher la guerre avec l'Europe alors que le fruit est mur et beaucoup plus intéressant comme consommateur consentant de sous-culture américaine.

L'armée européenne du président Macron soulève d'autres questions que « Manu » n'a visiblement pas envisagées. le départ des Européens entraînera-t-il de facto le démantèlement de l'Organisation, un démantèlement qui aurait dû être de l'ordre des choses après celui du Pacte de Varsovie, à moins que l'OTAN ne survive comme commandement intégré des forces américaines stationnées en Europe et l'armée européenne, la « force de frappe »française sera-t-elle placée sous l'autorité de cette armée européenne, la même question se pose par les armes atomiques britanniques, une armée européenne suppose une autorité politiques centrale. Pour revenir à la question de « quels Européens »participeraient à l'initiative macronienne, il faut s'interroger sur quelles seront les frontières que le président français attribuent à l'Europe, celles de l'Union européenne ou du Conseil de l'Europe ou celles de la composante européenne de l'OTAN. Dans les trois cas, des contingents issus des républiques baltes  seraient appelés à joindre les rangs de cette armée européenne. L'armée européenne serait au contact des frontières russes, perspective qui n'a rien pour enchanter une Russie déjà méfiante par ce qui peut lui apparaître comme une « marche vers l'Est » avec l'affaire ukrainienne. La protection de l'Europe contre la « menace» russe pourrait devenir une réalité non pas en raison des ambitions russes, mais des erreurs politiques « européennes ». L'armée européenne ne sera pas l'Europe, mais cette armée transnationale pourrait s'avérer un formidable creuset afin de faire naître une conscience et une volonté européenne européenne chez les jeunes conscrits ou volontaires (à préciser). L'évocation rapide des républiques baltes ne doit pas faire oublier que la Finlande est aussi membre du Conseil de l'Europe parmi les États limitrophes de la Russie mentionnons la Pologne, membre de l'OTAN, les Polonais, invités ou non à faire partie de l'armée européenne.? Cas Problématiques, la Turquie, membre de longue date de l'OTAN, mais candidate régulièrement écartée de l'adhésion à la Communauté européenne et le Belarus, état-candidat au Conseil de l'Europe. tout compte fait, il faut craindre que l'armée européenne ne se transforme en « Machin » pour emprunter une expression au général de Gaulle.

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