L’égalité de tous devant la justice est l’un des piliers de l’État de droit. Il semble qu’au Québec, ce pilier soit ébranlé par ceux-là même qui devraient en être les gardiens. «Un juge de la Cour du Québec reproche aux procureurs de la Couronne de Montréal de réduire «régulièrement» les peines suggérées aux délinquants afin de leur éviter l’expulsion des pays. Une pratique «malavisée», qui vient créer un régime distinct pour les non-citoyens, dénonce le magistrat. «Le Tribunal ne peut s’empêcher d’appréhender que la création artificielle d’un régime de détermination de la peine pour les non-citoyens et le détournement de l’intention du législateur exacerbent des tensions sociales préexistantes et puissent être récupérées à mauvais escient», s’inquiète le juge Antoine Piché dans une décision rendue mercredi au palais de justice de Montréal[…]. Sur une dizaine de pages, le juge Piché écorche le DPCP sur sa pratique «répandue» dans le district de Montréal réduire de «façon répétée» les peines pour «contourner» l’esprit de la loi en matière d’immigration. L’effet de cette pratique est limpide : contrecarrer l’intention du législateur fédéral en créant un régime de peine qui «n’a pas lieu d’être»affirme le magistrat. Le juge Piché convient ue le DPCP n’a pas élaboré cette pratique avec une intention «malveillante » dans le but de contourner «délibérément» l’intention des élus. Il s’agit vraisemblablement d’une «mauvaise interprétation de la jurisprudence ou [d’]
une pratique développée «sur le tas», analyse le juge, d’ailleurs un ancien procureur du DPCP à Montréal. Il rappelle que le risque d’expulsion n’est pas un facteur atténuant, selon les tribunaux supérieurs. Il doit être considéré par le juge comme une simple « considération indirecte » et ne doit pas mener à un régime distinct à celui applicable aux citoyens canadiens.
«C’est toutefois ce qui se produit actuellement dans le district judiciaire de Montréal. Le poursuivant suggère régulièrement, de façon conjointe, le prononcé d’absolution qui, de son propre aveu , ne serait pas suggéré si l’accusé était un citoyen canadien.»(en caractères gras dans le texte d’origine)
Le juge Antoine Piché dans, sa décision.
(Un juge écorche le DPCP, La Presse, 10 avril)
Cette pratique n’a pas pour seul effet de créer deux classes de citoyens: les citoyens canadiens et les délinquants non-citoyens canadiens. Elle a l’effet paradoxal de faire des seconds des citoyens privilégiés par rapports aux citoyens canadiens.
Les Canadiens et les Québécois, qui un peu naïvement se considèrent égaux devant la loi, doivent aujourd’hui déchanter.
Les uns et les autres doivent craindre l’avènement d’un « gouvernement des juges »(voir ce blogue, Ombre sur la démocratie québécoise, avril). Devons commencer à nous préoccuper de l’avènement d‘un «gouvernement des procureurs».





