Depuis des mois, journalistes et chroniqueurs ne cessent de nous seriner que nous sommes engagés dans une guerre commerciale avec les États-Unis de Donald Trump.
Il ne s’agit pas de nier que nos voisins du sud mènent actuellement contre nous une guerre commerciale matérialisée par l’imposition de tarifs sur un certain nombre de produits canadiens.
Guerre commerciale sans doute, mais si cette guerre commerciale en cachait une autre plus menaçante pour les identités québécoise et canadienne.
La débandade canadienne sur la «taxe Netflix», débandade attribuable à Mark Carney, débandade devant l’intransigeance américaine , montre bien que nous ne sommes peut-être pas seulement engagés dans une guerre commerciale avec les États-Unis, mais, aussi et surtout, dans une guerre culturelle avec nos voisins. Nous apprenions il y a quelques jours que les négociateurs américains comptaient inclure certaines dispositions de la Loi 101 dans les discussions en cours avec le Canada. «Dans la dernière ligne droite des négociations, vendredi, Washington a réclamé le retrait d’une loi québécoise sur la «découvrabilité» qui forcerait les plateformes numériques à mettre de l’avant des contenus francophones. Adoptée en décembre 2025, la loi 109 n’est pas encore en application, puisque les règlements nécessaires à sa mise en oeuvre n’ont toujours pas été publiés.
Mais la perspective d’imposer des seuils de contenus francophones aux Netflix, Spotify et autres plateformes numériques, doublée d’une exigence de les rendre facilement repérables, déplaît clairement à l’actuelle administration américaine.
Vendredi, les négociateurs de Donald Trump ont ajouté le retrait de la nouvelle loi québécoise parmi les conditions pour éviter des nouveaux tarifs de 50 % sur une panoplie de produits canadiens.» (Contenu franco sur Netflix, Spotify: une loi québécoise dénoncée à la table de négociations, Journal de Montréal, 22 août). Je peux me tromper, mais cette exigence de l’administration Trump, en ce moment, à toute les apparences d’un ingérence dans le processus législatif québécois.Pas besoin d’une nouvelle commission Hogue, cette ingérence attribuable à l‘administration Trump n’a pas la subtilité des ingérences chinoise ou indienne. La volonté de l’administration Trump semble bien être de vouloir voir les produits culturels américains s’avancer en territoire canadien comme en territoire conquis.
Force est malheureusement de constater que ces produits culturels américains évoluent déjà en territoire canadien comme en territoire conquis depuis des lunes, les Spiderman et Taylor Swift, sont chez nous, chez eux. Cette omniprésence résultait jusqu’ici des lois du marché et non de l’intervention de l’État américain. C’est un film et une chanson à la fois que ces produits culturels américains ont progressivement conquis l’espace qu’il occupe aujourd’hui
Le retrait d’une loi québécoise sur la «découvrabilité» qui forcerait les plateformes numériques à mettre de l’avant des contenus francophones. Adoptée en décembre 2025, la loi 109 n’est pas encore en application, puisque les règlements nécessaires à sa mise en oeuvre n’ont toujours pas été publiés.
Mais la perspective d’imposer des seuils de contenus francophones aux Netflix, Spotify et autres plateformes numériques, doublée d’une exigence de les rendre facilement repérables, déplaît clairement à l’administration américaine.
Force est malheureusement de constater que ces produits culturels américains évoluent déjà en territoire canadien comme en territoire conquis depuis des lunes. Cette omniprésence résultait jusqu’ici des lois du marché et non de l’intervention de l’État américain. Souhaitons que les assauts de Donald Trump sonnent le réveil des Canadiens, un Réveil d’abord culturel, un réveil les conduisant à boycotter les produits culturels américains et à devenir des consommateurs de produits culturels canadiens. Des produits culturels canadiens sur lesquels nous devons être sans illusions, tant ils sont eux-mêmes de ersatz de produits américains. Que reste-il de canadien chez un Brian Adams? Qui y a-t-il encore de canadien chez une Shania Twain? À ce chapitre, il faut se réjouir de voir l’importance et la richesse de la production culturelle québécoise et l’encourager, dès que l’occasion nous en est donnée. Sans s’illusionner sur le caractère québécois de cette production culturelle, Il y a déjà longtemps que les Félix Leclerc et Pauline Julien se sont tus et que les impératifs du marché, les ont chassés des ondes de la radio et des plateaux de télévision. La reconquête de nos ondes est peut-être impossible, la souris peut-elle chasser l’éléphant de son lit? Cette question, c’est celle avec laquelle, Canadiens et Québécois doivent vivre quotidiennement. Chaque Québécois y apportera sa réponse, peut-on souhaiter que la somme de ces réponses débouche sur une forme de guérilla culturelle qui nous conduira à refuser «à la pièce» les offres culturelles américaines. Comme l’invasion, s’est faite à compter des années 1920-1930; un film et une chanson à la fois: la résistance s’articulera peut-être de la même façon, en refusant une chanson et un film la fois. Stratégie qui résultera d’une mobilisation individuelle reposant sur les critères personnels de chacun. Que l’on me permette d’illustrer ici, ce que j’ai en tête: Non à Spiderman, mais, éventuellement un Oui prudent et critique à L’Odyssée. Non à Lady Gaga, mais oui, à Dansons sous la pluie avec Gene Kelly et oui à Le massacre du Fort Apache de John Ford. Si nous nous astreignons à ce tri, la culture américaine sera beaucoup moins menaçante, parce que beaucoup moins présente.
Cela ne signifie pas que cette guerre sera gagnée pour autant
e: Cette guerre se poursuivra encore longtemps; toujours un film et une chanson à la fois. Dans cette guerre, il nous faudra nous inspirer de la pensée de Thomas Jefferson (3e président des États-Unis): Le prix de la liberté , c‘est la vigilance éternelle.
Le prix de notre liberté culturelle exigera de nous la même vigilance.





